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eaucoup de parents seront déçus par
cette explication. mais Alfred Tomatis leur dit qu'ils ont tort :
''cette façon très mécanique d'entrevoir la genèse du langage rompra
vraisemblablement le charme dans le cœur
de bien des parents,
suspendus aux premières paroles qu'ils veulent entourer
de signification, d'identification. Pourtant, elle ne retire rien,
croyons-nous, à la beauté de la structuration trancendante du
langage humain.
Ne dire que "ma-ma-ma", se rendre compte
que très rapidement cette première chaîne verbale sait à
elle-seule, dès qu'elle se manifeste, faire apparaître tant de joie
et de sourires sur ce visage qui évolue dans la sphère de la visée
- comprendre que cette première modulation acoustique sert
d'appel, de sonnette - mais c'est déjà, pour l'homme, un
apprentissage d'humain, avoir saisi tout ce que comporte la fonction parlée
- c'est-à-dire l'usage qu'il pourra en faire. C'est la prise de
conscience du geste vocal et de sa valeur
informative. Là,
encore une fois, l'homme accède à l'humain. Du souffle, il sait faire
naître le langage...".
Au point de départ, donc,
le souffle
même de la vie. Le souffle, plus un geste de succion des
Ièvres qui
est ''le plus animal dans la lignée de nos mouvements
automatiques". A partir de là, tout va bien se construire.
''Il n'y a, écrit
Alfred Tomatis, que le premier mot qui compte, Le reste n'est plus qu'un jeu
- un jeu de construction acoustique. Que les lèvres se tendent et
cessent le geste de la succion, et ''pa-pa-pa-pa'' succède à ''ma-ma-ma-ma...'' .
Deux mots déjà et le monde verbal est
construit. Le mot, plus exactement la chaîne parlée ''ma-ma-ma-ma''
et "pa-pa-pa-pa...'' a pris un sens, et ce sens est
pratiquement universel. La mère sera
désignée, dans bien des points du globe, de la même manière.
Ce ''ma-ma'', si associé au geste de succion, désignera vite
cet être que l'on tête, ''pa-pa'' s'adressera naturellement à l'autre.
Désormais, l'apprentissage sera difficile durant des semaines.
Il faudra parler, et parler seul. Il faudra sans cesse s'exercer.
Ainsi, dès qu'un appel profond s'éveillera en nous, nous saurons
babiller grandement et rondement, sans lassitude, pour peu que
rien ne vienne à aucun moment troubler cette préoccupation''.
En effet, ''la
moindre gêne qui risque d'entraver cette phase essentielle
compromet souvent de façon catastrophique l'élaboration du plus humain
de nos gestes. Une maladie qui nous taquine et qui nous préoccupe nous
contraint à ne plus avoir goût à jouer
avec notre hochet verbal. Un chagrin, un souci apparaît, et nous
sommes déjà vulnérables. lls auront tôt fait de bloquer notre épanouissement. Pour peu que les appels,
les signes verbaux, ceux que nous
savons déjà diriger, bien maladroitement il est vrai, mais
dont nous avons néanmoins l'usage, restent sans réponse. si la
mère est absente, chaque geste vocal perd alors sa signification, et le
jeu de construction sera vite sans attrait, il évoquera peut-être
un souvenir douloureux. celui d'une présence qu'on ne voit
plus, celui de l'appel d'une voix qui ne vient plus se faire entendre.
Que de précautions doivent entourer le nourrisson à ce stade
afin qu'il ne risque pas, dans le tourbillon grandissant de la vie
actuelle, de compromettre les acquisitions qui lui sont indispensables
dans la progression de son langage".

Mais c'est à
chaque étape du développement que des périls menacent.
Le dyslexique, par exemple - qui, quelle que soit son intelligence,
éprouve à l'école de grandes difficultés de lecture - est
typiquement un sujet qui n'a pu bénéficier de ce cheminement
sonique idéal.
Pour Tomatis, en
effet, ce trouble survient, non plus quand la communication avec la
mère s'est avérée défaillante. mais quand la rencontre
avec le père (donc avec le langage social) a été difficile. Le
spécialiste peut aussi être à même de recevoir en consultation
des enfants dont le langage s'est fixé à un point de son évolution :
il ''reste mal élaboré et n'aboutit pas de une structure linguistique
normale'', C'est ce qui se passe avec certains bègues qui
n'ont pas eu, au niveau inconscient en particulier, des relations normales avec leur père. Dans ce cas,
explique le Professeur, le langage
''reste fixé au stade de celui créé à l'intention de la mère et, du bégayage, premier chant élaboré
pour elle. Ainsi naît le bégaiement,
forme chronique de cette étape antérieure de la communications.
Fort
opportunément, la méthode élaborée par A, Tomatis permet de
réparer les dommages, souvent fort importants, causés par de tels
accidents de parcours. L'expérience pratique avait déclenché les
extrapolations théoriques, mais celles-ci, à leur tour, allaient
engendrer des applications pratiques. Ainsi fut mis au point,
avec le secours de l'Oreille Électronique, un traitement original
auquel on doit des résultats impressionnants.
 
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