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arler, c'est empêcher fa
solution de continuité entre nous et le monde
extérieur. entre nous et les autres. C'est maintenir un lien avec
ce qui n'est pas nous : maintenir, dans une certaine mesure, un
cordon ombilical. Car le premier dialogue, souligne Alfred Tomatis,
est un ''dialogue de chalet. A la base du désir de communiquer, on
trouve un désir d'être charnellement en contact avec
l'autre - ce premier autre : la mère. Tout se passe comme si le
fœtus avait eu conscience d'une soudure de son être avec l'environnement,
alors limité aux parois utérines, mais qui, après la naissance,
ne va pas cesser de s'élargir. ''Être accouché, dit Tomatis,
c'est prendre conscience que l'utérus a éclaté dans des dimensions
colossales pour être l'univers. Les parois utérines vont grandir
jusqu'au berceau, puis jusqu'à la chambre, puis jusqu'à la famille,
à la patrie, au cosmos, etc. !''.
Cependant certains êtres, qui
vivent au milieu de nous, sont à l'image
du schizophrène dont Il était question plus haut : ils ''n'ont pas
accouché'' . Que signifie cette expression étrange ? Précisément
que ces individus ne sont habités par aucun désir de communiquer
avec l'environnement. C'est comme s'ils n'éprouvaient pas cette
nostalgie de l'utérus dont nous parlions et qui semble
caractériser tous les ''vrais'' accouchés. Pour qu'ils ne l'éprouvent
pas, il faut que la relation prénatale avec cet utérus ait
été bien décevante : c'est encore ce qu'a constaté Tomatis.
Imaginons une mère qui ne
désire pas profondément son enfant. Il serait
erroné de croire que celui-ci, d'une manière ou d'une autre, ne
va pas être sensible à ce refus, et cela dès avant sa naissance. Au contraire, il va enregistrer cette
hostilité plus ou moins ouverte. Aux
nimbus de sa conscience. on trouvera la marque non pas d'une
soudure, mais d'une coupure avec le monde extérieur.
Un
tel enfant n'aura pas, une fois né, de paradis perdu à reconquérir.
La communication avec autrui se fera donc mal, ou même pas
du tout. Car, bien sûr, toute anomalie dans la structure des relations
entre I enfant et sa mère, puis entre I'enfant et I'extérieur, va
retentir sur le langage. L'absence du désir de parler se rencontre
singulièrement chez les schizophrènes. Il y a un ''cheminement
sonique'' idéal que doit suivre un petit être pour parvenir à
maturité. Malheureusement, l'idéal, en ce domaine comme en beaucoup
d'autres, n'a pas d'existence concrète, Il y a toujours un
accident quelconque pour faire dévier la belle trajectoire.
Cet accident peut être bénin et
se corriger en quelque sorte de lui-même.
Mais il arrive aussi qu'il présente un caractère de gravité suffisant
pour que l'élaboration du langage en soit profondément perturbée. Car
le langage lui aussi évolue selon un parcours bien
défini (que le sujet refait entièrement lorsqu'il est soumis à l'accouchement sonique).

Ainsi les premiers mots sont
spécialement prononcés à l'adresse de
la mère, en un dialogue qui poursuit celui qui avait été entamé, de
chair à chair, avant la naissance. D'abord privé de parole, l'enfant
devient vite ''ce bavard'' que le mot ''bégayage veut désigner
au travers de son étymologie néerlandaise ''beggen. Et Alfred Tomatis
de continuer : ''des quelques areu... areu... qu'il sait moduler
pour la mère et pour elle seule et qui sont déjà riches de sens
à son adresse, l'enfant s'engage, intrépide, dans l'élaboration de
mots complexes tels que mama... papa... pipi... pope... dodo..,
Ce glossaire n'est assurément au départ qu'un simple jeu de sons dans
lequel I' adulte s' applique à chercher d'emblée une signification.
Celle-ci viendra plus tard et le
père devra attendre longtemps avant
de se voir réellement désigné par le vocable ''papa dont il est
si fier. ''Le désir de communiquer avec le père, en effet, est au départ d'une nouvelle étape de
structuration du langage : l'étape sociale''. Ceci dans la mesure où
le père, ainsi que l'affirme la psychanalyse contemporaine, est, pour
l'enfant qui le rencontre bien (après la mére, déjà un étranger,
''constellation proche et lointaine
à la fois, écrasante et brûlante''. Ainsi Tomatis a-t-il
vérifié scientifiquement l'intuition commune : les deux premiers mots
de notre vocabulaire sont bien ''maman'' et ''papa".
Mais il désamorce immédiatement
tous les mythes qu'on avait édifiés
Ià-dessus : ces deux termes ne désignent pas primitivement la
maman et le papa. lls apparaissent au contraire de façon très mécanique.
Le cri originel ''part'' avec notre souffle, s'y superpose et s'
identifie à lui, Il naît dès que la bouche veut s'ouvrir et se module sur les automatismes
physiologiques. En effet, lors de l'ouverture orale, la langue et le voile
du palais s'éloignent simultanément pour se rapprocher l'un de
l'autre lorsque la bouche se ferme. Le son qui se crée alors se
trouve entrecoupé, mais non interrompu tandis que le premier
"ma-ma-ma-ma...'' s'envole dans
l'espace''.

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