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'enfant s'est arrêté brusquement de gribouiller, Il s'est
précipité vers moi à toute vitesse pour éteindre la lumière. Nous
ne voyions plus qu'une ombre déambuler à la faible lueur des veilleuses
des appareils, Il s est précipité
vers sa mère, s est installé sur ses genoux,
à mis autour de lui les bras de cette femme et à commencé à sucer
son pouce ! On peut dire qu'il s'était replacé dans le ventre de sa
mère. C'était d'autant plus frappant que depuis une
dizaine d'années, il vivait auprès d'elle comme s'il ne la connaissait
plus. La bande terminée, il s'est levé, à rallumé et la séance
s'est terminée là-dessus.
Huit jours plus tard. nous nous donnons rendez-vous, cette fois
pour pratiquer l'accouchement sonique lui-même. Au retour, la mère me signale que les relations entre elle et
son fils s'étaient considérablement améliorées. L'enfant l'avait
approchée ; il s'était passé un certain nombre de choses
auxquelles elle n était pas accoutumée, Nous commençons la
seconde séance, Même scénario : l'enfant éteint la lumière et va se
placer contre la mère dans une
posture intra-utérine. Dès les premières secondes de l'accouchement
sonique, il se met à babiller : cela avait sûrement un sens, mais
hélas, nous n'étions pas à même de le saisir. A la
fin, il rallume la lumière, retourne vers sa mère et lui boutonne tous
ses boutons. Cette conduite était symbolique. C'était un peu comme s
il avait refermé derrière lui une pièce qu il aurait décidé de
quitter pour toujours. Au reste, la psychanalyste ne s'y est pas trompée.
''Voyez, m'a-t-elle dit, il vient d'accoucher ! Jamais je n'aurais
pensé que ça pouvait aller si vite...''.
En fait, cela avait même
été un peu trop vite. Tomatis le reconnaît volontiers,
qui n 'a pas la sotte fierté de défendre ses erreurs. Pratiqué
si abruptement, l'accouchement acoustique expose le sujet
à de graves dangers : le schizophrène en question tenta même
de se détruire car Il s'était griffé ! Mais cet ''échec'' fut gros d'enseignement. La psychanalyste jugea
préférable d'en rester là.
Le Professeur, lui, ne songea qu'à trouver une méthode qui
procurerait
tous les bienfaits de ses premières expériences sans en entraîner
aucun des inconvénients. ''Afin de mieux comprendre ce
qui se passait, je suis allé de plus en plus lentement. Aujourd'hui,
j'utilise mon système avec la collaboration d'autres psychanalystes,
mais je prends énormément de précautions. En contrôlant
parfaitement les différentes étapes du processus, j'ai réussi
à le rendre inoffensif et apte à soulager les patients sans effets
secondaires alarmantes.

Telles furent les
conséquences pratiques de tentatives qui, à l'origine, n'avaient été
menées que dans un souci de curiosité, ''pour voir ce qui allait se
passer'', Il y eut aussi des conséquences théoriques,
et de fort importantes.
C'est en analysant les
réactions qu'il provoquait en imposant
l'audition en milieu liquidien. puis en réalisant l'accouchement sonique, qu'Alfred Tomates comprit ce
qu'était exactement ce besoin de
communiquer dans lequel il voit l'origine du langage. Selon
lui, il s'agit pour l'individu de conserver ou de retrouver, s'il l'a perdue, la relation qu'il entretenait
avec le milieu maternel avant la
naissance. Nous sommes tous des nostalgiques de l'utérus.
Notre entrée dans le monde se fait sur un cri de détresse qui,
selon Tomatis, témoigne peut-être ''de notre désarroi à l'appel de ce paradis perdu qu'est le ventre de la
mère''. Sans doute, le contact de
l'embryon avec cette dernière est plus physique que psychologique,
mais le langage lui aussi - qui cherche à rééditer symboliquement
ce contact - a une dimension physique. La parole,
qui provoque des vibrations de l'air environnant, est une sorte
de membre par lequel nous cherchons à ''toucher'' notre interlocuteur.
Pour notre chercheur, en effet. ''l'instrument que nous
utilisons pour parler n'est pas à vrai dire, tel qu'on le croit si volontiers, notre langue, notre bouche,
notre Larynx mais l'air qui nous
environne''.

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